[Lu sur le Web] Pourquoi «Santa Barbara» explique tout de la Russie d’aujourd’hui

Extrait de l’article « «Санта Барбара Форева!» («Santa Barbara Forevah!»), voilà ce que l’on pouvait lire, fièrement tracé en grandes lettres de craie violette, sur le mur de l’immeuble où vivaient mes parents dans le quartier sud-ouest de Saint-Pétersbourg quand je suis retourné dans la ville de mon enfance et de mon adolescence –et qui s’appelait alors Leningrad– en 1993.

C’était la première fois que je rentrais depuis mon immigration aux États-Unis sept ans plus tôt. On pouvait constater d’autres signes de la présence de Santa Barbara dans la ville avec des hommages improvisés au feuilleton américain dans le centre-ville historique: un petit café baptisé Santa Barbara par ici, une boite de strip-tease portant le même nom par là. À plusieurs reprises, on m’a demandé, et c’était généralement des femmes, si j’étais déjà allé à Santa Barbara et, si oui, à quoi cela ressemblait. Je n’y étais malheureusement pas allé. «Tu devrais. Ce serait le premier endroit où j’irais si je pouvais visiter l’Amérique», me déclarait un marchand entre deux âges qui tenait l’épicerie du coin avec un ton de léger reproche.

Santa Barbara semblait certainement attirant.

À Santa Barbara, les gens savaient se tenir. Ils se respectaient. Les hommes n’urinaient pas dans les couloirs et n’écrivaient pas des mots obscènes sur les murs des cabines d’ascenseur. Ils ne fracassaient pas les ampoules dans les entrées d’immeuble et ne buvaient pas de l’eau de Cologne bon marché dès le matin. Ils n’occupaient pas les seules toilettes de l’appartement commun pendant une bonne demi-heure et ne déposaient pas leurs bottes sales et leurs barils faits maison de champignons macérés dans la salle de bain commune. Et ils ne s’amusaient certainement pas, par pure malice, à glisser des bouts de savon noir dans les casseroles d’autres personnes dont la soupe bouillait sur les poêles des cuisines communes. Ils ne rentraient pas à la maison ivres-morts après minuit et ne s’effondraient pas tête la première sur le divan en gardant leurs chaussures et en se mettant immédiatement à ronfler.

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