[Lu sur le Web] A Kinshasa, la symphonie de la débrouille

Extrait de l’article « En république démocratique du Congo, bastion de la rumba et des tubes de Céline Dion, le seul orchestre philharmonique d’Afrique subsaharienne parvient à faire vivre le répertoire classique depuis 1994. Une aventure faite d’obstination et de système D.

Parmi la foule qui s’amasse autour du marché Bayaka, un homme en chemisette rayée et aux petites lunettes rondes presse le pas dans le crépuscule. Le ciel de Kinshasa menace, les embouteillages de ce lundi soir sont démentiels. Le long de la chaussée trouée de flaques d’eau, on porte toutes sortes de choses dans les bras, par charrette ou sur les têtes, souvent pour les vendre, car tout se vend tout le temps dans la capitale de la république démocratique du Congo (RDC). L’homme porte un paquet inattendu : en forme de contrebasse. On en voit rarement dans les travées de garages poisseux, de bars minuscules et de maisons sans eau qui remplissent le quartier Kasa-Vubu.

L’homme se faufile, atteint enfin la cour d’une maison blanche et verte, recouverte d’un toit de tôle, éclairée au néon, ceinturée de barreaux. Trompettes, violons, altos, flûtes, timbales apparaissent au compte-gouttes. Leurs propriétaires s’installent sur des chaises en plastique et se serrent contre une voiture garée là. Ils sont bientôt une centaine. Un homme s’installe sur un haut tabouret, le dos contre la grille. La répétition de l’Orchestre symphonique de Kinshasa, unique ensemble philharmonique d’Afrique subsaharienne, va commencer.

«Je ne savais pas que la musique faisait partie de moi. Je ne m’y intéressais même pas», raconte l’homme à la contrebasse, Guelord Lukombo, la quarantaine, l’air calme et concentré. Il a rejoint l’orchestre en 1999 sur les conseils de sa mère. A l’époque, tout était à construire à Kinshasa, qui se remettait à peine de la chute du président Mobutu, de la guerre et des pillages. La famille de Guelord Lukombo priait à l’Eglise kimbanguiste, congrégation indépendante fondée en 1921 par Simon Kimbangu, un contestateur de l’ordre colonial qui disait avoir des visions du Christ et qui est mort avant l’autorisation de son mouvement, en 1959. Une drôle de nouvelle parcourait les paroisses : un petit-fils du prophète, Armand Diangienda, cherchait des musiciens pour les intégrer à un orchestre.

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